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Danse et corps

Capoeira : ce qui se passe vraiment dans une roda

  • Publié le 04/06/2025
  • Vérifié le 20/08/2026
  • 8 minutes de lecture

La capoeira déroute parce qu’elle ne rentre dans aucune case connue. Ce n’est pas tout à fait un sport de combat, pas tout à fait une danse, et le cours se termine par une séquence où tout le monde chante. Comprendre l’organisation d’une roda avant d’y entrer évite le sentiment d’être le seul à ne pas connaître les règles.

Un art, un jeu, une musique

La capoeira est née au Brésil, dans la population africaine mise en esclavage et sa descendance. Elle a longtemps été réprimée : le code pénal brésilien de 1890 en a fait un délit, et l’interdiction n’a été levée que dans les années 1930. Cette histoire explique une partie de sa forme : le jeu ressemble à une danse parce qu’il a dû ressembler à une danse.

En 2014, la roda de capoeira a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco. L’inscription porte sur la roda elle-même et sur la transmission par les maîtres, c’est-à-dire sur le cercle et sur la relation pédagogique, pas sur un catalogue de mouvements.

Une précision utile avant de commencer : on ne gagne pas une roda. Il n’y a ni points, ni arbitre, ni vainqueur. Deux joueurs entretiennent un dialogue de mouvements où l’attaque appelle l’esquive, qui appelle une réponse. La compétition existe dans certains cadres sportifs, mais elle est marginale et étrangère à l’esprit du jeu.

Roda de capoeira : cercle de pratiquants en pantalon blanc frappant dans les mains, un joueur de berimbau au premier plan.
Les musiciens forment la bateria et se tiennent sur un point précis du cercle. Les deux joueurs entrent depuis ce point, au pied du berimbau.

La roda : le cercle, la bateria, le jeu

La roda est un cercle formé par les pratiquants. Sur un de ses points se tient la bateria, l’ensemble instrumental. Tous ceux qui composent le cercle chantent et frappent dans les mains : personne n’est spectateur. Deux joueurs entrent au pied du berimbau, jouent, puis sont remplacés.

Le berimbau n’accompagne pas le jeu, il le commande. Le rythme qu’il donne, appelé toque, indique le type de jeu attendu : lent et bas, rapide et haut, ouvert ou serré. Un joueur qui ignore le toque joue à côté de la roda, même si ses mouvements sont justes.

Les instruments que l’on trouve dans une bateria
Instrument Nature Rôle dans la roda
Berimbau Arc musical à une corde, avec une calebasse comme caisse de résonance Donne le toque, ouvre et ferme la roda
Pandeiro Tambour sur cadre à cymbalettes Tient la pulsation et les ornements
Atabaque Tambour conique sur pied Pose la basse rythmique
Agogô Double cloche métallique Marque la cellule rythmique de référence
Reco-reco Racleur en bambou ou en métal Ajoute la couleur, souvent absent des petites rodas

Les chants suivent la même logique de dialogue. Un soliste lance une phrase, le cercle répond. Dans le répertoire angola, la roda s’ouvre souvent par une ladainha, un chant narratif que l’on écoute sans bouger, avant que le jeu ne commence.

Dans une roda, on ne gagne pas : on répond. Le premier progrès visible d’un débutant n’est pas un coup réussi, c’est une esquive au bon moment.

Repère de lecture

Angola et Regional, deux façons de jouer

Deux grands courants structurent la pratique. Dans les années 1930, à Salvador de Bahia, Mestre Bimba met au point ce qu’il appelle la luta regional baiana : un jeu plus haut, plus rapide, avec une pédagogie ordonnée en séquences. C’est l’origine de la capoeira dite Regional. À la même époque, Mestre Pastinha devient la figure de la capoeira Angola, jeu bas, lent, très ritualisé, où la ruse compte plus que la puissance.

La plupart des groupes français enseignent aujourd’hui une capoeira dite contemporânea, qui emprunte aux deux. Demander à quel courant se rattache un groupe n’est pas une question d’érudition : la réponse annonce la vitesse des cours, la place de la musique et le niveau d’acrobatie attendu.

Le vocabulaire du premier trimestre

Les cours se donnent en français mais le vocabulaire technique reste en portugais brésilien, chants compris. Une dizaine de mots suffisent pour suivre.

Ginga
Le balancement de base, jamais à l’arrêt. Tout part de là et tout y revient.
Esquiva
L’esquive, en se baissant ou en se déplaçant. Elle précède l’apprentissage des coups.
Au
La roue, le déplacement latéral sur les mains, souvent le premier mouvement inversé travaillé.
Meia-lua et martelo
Deux familles de coups de pied, l’un circulaire, l’autre direct.
Chamada
L’appel : un joueur interrompt le jeu et invite l’autre à venir vers lui. Très présente en Angola.
Malícia
La ruse, la feinte, l’art de ne pas montrer ce que l’on va faire. C’est une qualité, pas un défaut.
Bateria
L’ensemble instrumental qui tient un point du cercle.

Le batizado et les cordes

Le batizado est la cérémonie annuelle par laquelle un débutant joue publiquement, souvent face à un pratiquant plus avancé ou à un maître invité. Il y reçoit sa première corde et, dans de nombreux groupes, un apelido, le surnom sous lequel il sera désormais appelé dans la roda.

Un point surprend souvent les familles : il n’existe pas de barème national des cordes. Chaque groupe fixe ses couleurs et sa progression. Une corde obtenue dans un groupe n’a donc pas de valeur automatique dans un autre. Ce n’est pas un défaut d’organisation, c’est la conséquence d’une transmission qui passe par les lignées de maîtres et non par une fédération unique.

Ce qu’un premier cours demande

  • Une tenue souple. Beaucoup de groupes utilisent l’abadá, pantalon généralement blanc, mais rarement dès la première séance.
  • Les pieds nus, sauf indication contraire du groupe.
  • Des poignets et des épaules prêts à porter le corps : c’est là que les débutants ressentent la première fatigue.
  • L’acceptation de chanter et de frapper dans les mains dès le premier jour. C’est la part du cours la moins négociable.

En France, la capoeira ne relève d’aucun diplôme d’État spécifique, contrairement à la danse classique, contemporaine ou jazz détaillées dans la fiche Choisir un cours de danse. Les repères utiles sont donc ailleurs : l’ancienneté du groupe, la lignée dont il se réclame, la présence de cours enfants distincts des cours adultes, et la régularité des rodas ouvertes.

Pour aller plus loin

Chanter devant un groupe le premier jour effraie souvent plus que les coups de pied. Le travail de la voix et du regard est justement ce qu’un atelier de théâtre traite en premier, et la fiche consacrée au déroulé d’une séance montre comment cette peur se démonte.

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