La crainte la plus fréquente avant un premier cours de théâtre tient en une phrase : on va me demander de monter sur une scène et de jouer. C’est presque toujours faux. Une séance d’atelier suit un ordre stable, du corps vers la voix, de la voix vers le jeu, et le texte n’arrive qu’à la fin de ce parcours.
Les vingt premières minutes
Presque tous les ateliers commencent par une marche dans l’espace. On occupe la salle, on change de rythme, on croise les regards. L’exercice paraît anodin ; il règle en réalité trois choses d’un coup : la répartition du groupe dans l’espace, la disponibilité physique, et la sortie du mode conversation.
Vient ensuite un travail d’articulation et de détente : nuque, épaules, mâchoire. Ces trois zones sont exactement celles où se loge le trac. Un comédien tendu ne perd pas d’abord sa mémoire, il perd son souffle, et le texte suit.
La voix, avant le texte
Porter sa voix n’est pas crier. Un comédien qui force sa gorge devient inaudible en trois minutes et rauque en trois semaines. Le travail consiste à poser la voix sur le souffle, à ouvrir l’espace à l’arrière de la bouche et à adresser réellement quelqu’un, plutôt que d’augmenter le volume.
Les exercices sont les mêmes partout : souffle sur des durées longues, virelangues pour l’articulation, phrases envoyées à un partenaire placé au fond de la salle. Ce sont aussi les plus utiles hors du théâtre, ce qui explique qu’une partie des inscrits en atelier viennent d’abord pour cela.
Le trac ne se combat pas, il se déplace. On le fait passer du ventre vers le souffle, puis du souffle vers l’adresse : à la fin, il ne reste qu’une attention un peu vive.
Repère de lecture
L’improvisation et sa règle unique
L’improvisation occupe le centre de la séance dans la plupart des ateliers de débutants. Elle repose sur une seule règle, dont tout le reste découle : on accepte la proposition du partenaire. Si l’autre décide que la scène se passe dans un ascenseur, la scène se passe dans un ascenseur. Refuser une proposition, c’est arrêter le jeu, et les débutants refusent presque toujours par réflexe de protection.
Le format sportif de l’improvisation, le match, vient du Québec : il a été inventé en 1977 par Robert Gravel et Yvon Leduc, avec la Ligue nationale d’improvisation, sur le modèle du hockey sur glace. Beaucoup d’ateliers français en reprennent les codes, patinoire et arbitre compris, sans que la pratique soit pour autant compétitive.
Le travail de scène
La dernière partie de la séance porte sur des scènes écrites. Le groupe passe alors par une suite d’étapes que le vocabulaire professionnel nomme précisément, et que les ateliers reprennent telles quelles.
| Mot | Ce qu’il désigne |
|---|---|
| Lecture à la table | On lit le texte assis, sans jeu, pour comprendre la situation et les enjeux |
| Italienne | On dit le texte vite, sans intention ni déplacement, uniquement pour la mémoire |
| Allemande | On refait le texte avec les déplacements, toujours sans jouer |
| Filage | On enchaîne tout le spectacle sans s’arrêter, même en cas d’erreur |
| Générale | Le dernier filage, dans les conditions du spectacle, costumes et lumières compris |
Le vocabulaire du plateau
Deux expressions reviennent dès la première mise en place et déroutent tout le monde : côté cour et côté jardin. Vues depuis la salle, le jardin est à gauche et la cour à droite. Le moyen mnémotechnique le plus répandu tient dans deux initiales lues de gauche à droite, celles de Jésus-Christ.
L’origine est parisienne : dans la salle des Machines du palais des Tuileries, un côté donnait sur le jardin des Tuileries, l’autre sur la cour du Louvre. Les dénominations ont remplacé les anciennes références au roi et à la reine et sont restées.
- Face et lointain
- La face est le bord du plateau côté public, le lointain le fond de scène.
- Pendrillon
- Les bandes de tissu verticales qui cachent les coulisses sur les côtés.
- Servante
- La lampe que l’on laisse allumée sur un plateau vide, la nuit. Elle sert à la sécurité et alimente une bonne partie des superstitions du métier.
- Merde
- Le souhait d’usage avant d’entrer en scène. On ne répond pas merci.
Ce que devient l’année
Le premier trimestre est presque toujours consacré aux exercices et à l’improvisation. Le texte arrive en janvier ou février, la mise en place au printemps, les filages en mai. La restitution de juin n’est pas un examen : elle sert à confronter un travail à un regard extérieur, ce qu’aucune répétition ne remplace.
Le choix du texte, lui, engage la troupe au-delà du plaisir de jeu : jouer un auteur vivant demande une autorisation, comme l’explique la rubrique Théâtre et parole dans sa partie consacrée aux droits d’auteur.
Pour aller plus loin
Le travail du souffle et de l’adresse rejoint une autre pratique, où l’on doit produire des sons inhabituels devant un groupe sans se juger : l’apprentissage d’une langue à l’âge adulte. Les blocages y sont les mêmes, et les remèdes aussi.